Lettre à mon âme

Oreilles corporelles, mains sensorielles ; dites à votre âme -à qui ces yeux éloquents et ce regard marquant appartiennent-, dites à votre âme, que la mienne est exténuée de chercher et de vouloir. Elle veut se rendre et se libérer de cette prison de vérités. Elle est condamnée à croire que savoir ne mène nulle part, que comprendre ne changera rien de la part…

Mon âme ne trouve guère la paix mais elle sait qu’après guerre perpétuelle viendra la grande paix, celle du corps et de l‘âme. Seules les plaies du cœur sont immuables. On m’a livré une âme sempiternelle que je ne puisse –éphémèrement- toucher. On m’a donné ce bon corps mauvais à battre ni des records, ni des ailes…conçu pour s’abattre. Me battre. Si on naît pour ramper, à quoi bon essayer de voler ?! Certes, de bon gré, j’affronterai les vents, malgré. Une fois cadavre enterré je regarderai les ailes qui m’emmèneront au bonheur, le vrai.

Je ne suis pas un des leurs ni l’un de l’heur. J’ai hérité l’impatience d’EVE et j’ai adopté la patience de toutes les mères. C’est ainsi, j’ai choisi, décidé d’affronter seul mes démons, de voyager solitaire au milieu des anges, de mourir étranger au pays des hommes, unique parmi les dieux, pendu entre terres et cieux. Ces mêmes cieux –qui nous réuniront au-delà – que je trouve dans tes pupilles, me disent d’un langage aveugle « Sois fort et certain… ». Et parce que les yeux –miroirs de l’âme- s’ouvrent et se referment mais ne renferment jamais de mensonges…

Je refuse d’être esclave de moi-même, mais je serai éternellement mon maître. Je serai le premier à découvrir la mort de la victime de mon histoire. Je serai le seul à me mentir, le dernier à s’enfuir. Ô pauvre cœur ! Martyr du meilleur et du pire.

Adieu, femme mortelle.

Nos deux âmes coéternelles se donnent rendez vous,

Là où je ne sais point ce que je pourrai savoir.

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